Démarche artistique

Atelier 2024
Liège, Belgique
Photographie argentique - Rhisto
Certains détails s'imposent à moi avec insistance : une lumière artificielle, un parfum, un sourire.
Partager, restituer certaines observations de mon quotidien, c'est m'ancrer dans l'existence.
Insulaire, j'ai bénéficié d'itinéraires très différents liés à mon parcours professionnel, qui ont notamment amplifié cet engouement pour la découverte et l'altérité.
Pourquoi suis-je arrivée dans cette ville ? Qui/ qu'est-ce que je rencontre ? Où cela m'emmène-t-il ?
Depuis l'enfance, tenir un journal intime, écrire mes ressentis portés par l'immense tendresse que j'éprouve pour la matérialité de ce monde, m’ont rendue particulièrement attentive à certaines situations, présences et perceptions.
J'aime les anecdotes. La retranscription de différents points de vue.
Au départ, je prends toujours des photos « réflexes » avec mon téléphone, « à la va-vite » pour m'en souvenir. Le résultat qualitatif m'importe peu. Ce qui arrive ensuite, par la volonté de raconter, devient cette fois-ci inévitable : le travail du traitement pictural.
Je m'intéresse aux questions liées à la représentation, à la manière dont une figure surgit dans la peinture et parfois à la frontière de l'abstraction.
Ce qu’il va falloir mettre en œuvre pour la faire apparaître, la faire « exister » sur une surface plane.
Si tout événement nourrit ma recherche, les sujets en deviennent très simples et diversifiés.
Il est question de visages croisés lors de voyages, de rapports professionnels, du cercle personnel et intime, mais aussi d’objets, d’animaux, d’architectures, de situations absurdes, ludiques ou de moments tendres. Autant d'éléments qui m’interpellent et suscitent une réaction, me donnant envie de les souligner.
À travers eux, le besoin d'exprimer un certain
« sens de la vie » : non pas celui d'une « vie sensée », raisonnée, mais celui de moments ordinaires plus intensément habités, traversés par la saveur et le sensible. Dans cette recherche, les cinq sens occupent donc une place centrale. Des points d’entrée vers le monde et vers les autres, qui nourrissent cette capacité à percevoir et à ressentir.
Ce qui est essentiel, particulièrement, c'est le rythme.
Tout ce que j'entreprends, dans la vie comme la mise en œuvre d'un tableau, s'inscrit dans une dynamique active : instantanée, prompte, fulgurante, portée par le désir de maintenir l'élan.
En allant à l'essentiel, ma peinture se manifeste dans les premières dilutions, les tout premiers coups de pinceau dirigés par la spontanéité du geste. Enfin, le rehaussement d'un sentiment subjectif, traduit par une intensité de lumière.
Peindre, c'est répondre à la pulsion d'immortaliser ce que j'ai saisi du monde.
Cela me permet de déplacer le regard, de rendre certaines choses plus étranges, plus attentives, plus présentes. J'aime l'idée que certaines choses deviennent intéressantes lorsqu'on les regarde suffisamment longtemps.
Le bleu de Prusse pour les contrastes, le vermillon et le jaune citron pour les couleurs vives, la ligne pour mon attachement au dessin et au motif. La gestuelle créant une forme qui n'est ni totalement maîtrisée, ni totalement accidentelle : des coulures involontaires, des proportions incertaines reprises ou non, qui vont pleinement participer à l'expression et à la retranscription de ces observations.
Ce sont finalement ces surprises, ces « découvertes », qui engendrent le tableau.
Je dirais même que je travaille pour cela : ce moment d’apparition où l’on effleure le réel, ou en tous cas une certaine qualité du réel.
Enfin, ma pratique s'est récemment déployée comme un terrain de jeu, cherchant la meilleure façon de partager ces sensations à travers l’expérimentation de divers matériaux, supports et techniques.
Un hommage au savoir-faire, à la récupération et au bricolage, dans ce qu'ils ont d'instinctif et de vivant, où se révèle autant une émotion que l'histoire d'un moment vécu.